La cabine financière à Marseille RP

1972-copyrightc)amvic

Témoignage de Georges RAPHAEL



Juillet 1972, mon premier emploi saisonnier (job d’été comme l’on dit maintenant) fut celui d’auxiliaire à Marseille RP ( recette principale des Bouches du Rhône) dans le service de la cabine financière. J’étais dans l’année de mes 18 ans mais n’ayant pas atteint encore cet âge, je percevais 800 francs soit environ 100 francs de moins qu’un autre auxiliaire ayant cet âge révolu et occupant le même poste que le mien… J’y suis resté jusqu’au 15 septembre, reprenant mes études fin septembre. Environ une vingtaine de personnes répartie sur 2 brigades (A et B) exercée de 5h-13h00 et 12H45-2Oh, avec un chevauchement de 15mn pour le passage des consignes. Le service était dirigé par un inspecteur central assisté d’un contrôleur divisionnaire .


Bulletin de paie juillet 1972

Je fut mis en doublure comme l’on disait à cette époque. Un agent chevronné ,Henri Fernandez, m’appris le métier durant 5 jours. Mais l’ensemble de l’équipe m’enseignait çà et là toutes les ficelles. Nous étions dans l’entraide permanente.

Contexte musical: Michel Fugain et son Big bazar nous racontait  »Une belle histoire « ,  nous découvrions  Véronique Sanson qui n’avait «Besoin  de personne » , Georges Brassens pensait à  »Fernande » et Maxime Leforestier nous parlait de sa "Maison bleue" acccrochée à la colline. Les Temptations nous disaient que "Papa was un rolling stone" et Bobby Lapointe à l'instar de sa Tati, venait de nous quitter.
  • 5h : Tri des mandats par « quartiers »; chaque arrondissement* était découpés en « Quartier », chacun affecté à un facteur, terme d’usage (préposé était le terme officiel) : ex pour le 2 °arr. 200/201/202/203/…./215..
  • ensuite sélection par quartier d’une vingtaine de mandats avec confection d’un bordereau par 2 collègues (mécanographes) sur des calculatrices grosses comme des machines à écrire et filmage de ces mandats par un facteur affecté au service.
  • Chaque guichetier (j’étais l’un deux) était responsable d’un arrondissement. Il devais pour chaque bordereau évaluer le nombre et la nature des billets de banque et pièces de monnaie à fournir au facteur responsable de son quartier.
* A cette époque, la recette principale desservait les 1er, 2°, 4°, 5°, 6° et 7° arrondissement. Le 3° venait de partir à Marseille 03.
formulaires de mandats
Sac 7
  • J’attendais avec mes collègues que la « blindée », véhicule de transport de fonds qui apportait chaque jour une somme considérable d’argent soit signalée. Toutes les portes de Marseille RP étaient verrouillées; seuls les convoyeurs et le personnel de la cabine financière circulaient dans les couloirs: les premiers pour livrer billets et pièces de monnaie, les seconds pour les retirer de « la caisse » (bureau blindé avec chambre forte) dans un grand sac »7″, escortés par des policiers. Comme le rappelle Georges Rosso dans son témoignage sur Colbert, il y avait, certains jours, plus d’argent à Colbert qu’à la Banque de France de Marseille.
Sac de 9×12 cm pour pieces de 1 et 5 francs
  • Je remplissais mon grand sac en toile de jute de liasses de billets (10 billets/liasse) , de bottes de billets(10 liasses/botte) et de petits sachets aussi en toile de jute, contenant des pièces de 1franc et de 5 francs que me remettait le caissier de La Recette, un certain Roland Delmas.
  • de retour sur ma position de travail, juché sur une chaise haute, en bois, avec accoudoirs, j’effectuai la répartition des sommes d’argent pour chaque bordereau et en fonctions des montants de chaque mandat. Ceci terminé, vérifié et re-vérifié, j’étais prêt à « servir » chaque facteur de mon arrondissement.
  • 8h00 précises, je faisais glisser la fenêtre en bois qui occultait complètement le guichet. Le facteur prenait une sacoche en cuir préalablement mis à sa disposition sur le comptoir extérieur. Lui ayant fourni le bordereau avec tous les mandats, je recomptai * devant lui et contradictoirement le total des billets et pièces (Cela pouvait représenter une somme de 15 000 francs maximum par sortie. Les grosses journées pouvant dépasser largement cette somme, le facteur revenait dans la journée pour récupérer le reste des sommes d’argent.
* J'ai appris, entre autre, à compter les liasses de billets d'une façon méthodique et très rapide.
Contexte international: 
Au vietnam, les B-52 américains continuaient à déverser leurs bombe sur le nord du pays.

Contexte technologique:
Le réseau ARPANET développé par des universités américaines à leur profit ainsi qu'à celui de l'armée US était présenté au public. C'est l'ancêtre de l'Internet devenu indispensable aujourd'hui.

NPAI

* A cette époque, les tableurs vulgarisés,style Excel n'existait pas encore. Tout se faisait manuellemnt et mentalement. Les additions et soustractions se faisaient en ligne et en colonne.Le personnel de la cabine était virtuose en la matière.

  • le suite de la vacation était consacrée à différentes taches et plus particulièrement au tri des mandats qui arrivaient par sacs 7.
  • A 12h45, la brigade d’après midi prenait son service et je passai les consignes à mon collègue d’AM.

Le lendemain, je prenais donc mon service l’après midi à 12h45.

Le service d’après midi était principalement consacré à la prise en compte du retour des facteurs avec un signalement sur les bordereaux entre les mandats effectivement réglés à l’usager et ceux non réglés dont les causes principales étaient:

  1. Absence de l’usager.
  2. N’habite pas (ou plus) à l’adresse indiquée.
  3. Décès.
  • Lors de la rentrée des facteurs, après vérification des sommes payées et réception des non payées, je collationnais toutes les informations nécessaires dans un grand cahier. Chaque arrondissement avait un cahier sur lequel chaque jour nous construisions manuellement à la règle et au stylo un tableau*. Pour l’inscription des sommes tout se faisait au crayon papier et à la gomme, jusqu’à la consolidation des comptes de la journée, où les sommes étaient alors inscrites à l’encre noire. Il fallait pour chaque quartier avoir une balance entre les montants sortis le matin, ceux payés et ceux en retour. Bien entendu, tous les billets et pièces de monnaie rendus par les facteurs était soigneusement rapportés à la caisse centrale.

A l’arrière, le contrôleur divisionnaire (CTDIV) vérifiait chaque bordereau de tous les arrondissements. Il avait la faculté incroyable de débusquer la moindre erreur en un temps record, c’était un comptable remarquable (Ricard en brigade A et Vieu en brigade B) . Cette journée comptable se terminait uniquement lorsque toutes les balances « tombaient justes ». Les mécanographes reprenaient toutes les sommes (sorties, payées et impayées) et il fallait qu’il sorte l’étoile (*), la journée était validée et les résultats étaient communiqués au service comptabilité dirigé par Paul Tancrède. Le reste de la vacation était consacré au tri des mandats et à la préparation de la journée suivante.

L’année suivante en 1973, je suis revenu début juillet où j’ai eu le plaisir d’en retrouver certains et d’en connaitre d’autres. Tous ces mois passés au sein de se service a sans doute forgé en moi la rigueur et la capacité à calculer mentalement et rapidement. L’entraide et la solidarité qui régnaient, étaient à l’image de ce grand service public, les PTT, comme le rappelle Georges Rosso dans son entrevue/témoignage , était un exemple pour de nombreux pays.

Tout au long de ma carrière aux PTT puis à France Télécom, je n’ai jamais oublié ces années là et ces collègues parmi lesquels figuraient des personnages remarquables. En outre, La notion de service public est toujours restée chevillée en moi.

GR

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